
Les sleuthers, vous connaissez ?
Une catégorie d’internautes un peu spéciale, un peu barrée, qui pensent pouvoir se substituer à la police grâce à leurs compétences informatiques et leurs réseaux.
Loïc Payan en faisait partie. Nous le découvrons dans une chambre d’hôpital, dans un sale état. C’est la GAV – gendarme adjointe volontaire- Chloé Gutman, qui va enregistrer son long, très long interrogatoire, et c’est à travers ses yeux que nous allons tenter de cerner celui dont on ne sait pas vraiment si c’est une victime ou un meurtrier. Deux enquêteurs, un flic et un agent trouble, se relaieront au chevet de Loïc, qui remontera loin dans ses souvenirs. Vrais ou faux. Le brouillard ne se dissipera que dans les dernières pages laissant le lecteur pantois. Entre temps, nous cheminerons, aux côtés de Chloé, personnage très secondaire au départ, devenant pièce maitresse du récit, au milieu de sombres histoires que les ravines et autres chemins forestiers des Hautes Alpes n’aident pas à éclaircir.
Un excellent roman aux multiples qualités : la construction narrative, en tout premier lieu, l’auteur réussissant à instiller suspense et multiples rebondissements dans ce qui ne semblent être que des entretiens monocordes, des dialogues feutrés entre le « miraculé » Loïc Payan et des policiers, voire des agents bien secrets. Ensuite, ce personnage de gendarme adjoint Chloé, bien falot, en retrait des autres personnages, pour autant pivot de tout ce qui se joue dans l’espace bien confiné de la chambre d’hôpital. Enfin ce monde des sleuthers que nous découvrons, bien dissimulés derrière leurs écrans, qui ne sont ni plus ni moins que des complotistes de bas étage. On les comprend un peu, Frédéric Andrei nous manipulant du début jusqu’à la fin de ce roman. Pour notre plus grand plaisir !
L’homme assis au carrefour de Chabottes, Frédéric Andrei, La manufacture de livres, 2025.
