
Deux hommes, deux sénégalais ont vécu l’enfer pour parvenir jusqu’à un pays, la France, soi-disant terre d’accueil. L’un, surnommé le Libyen, exprime sa douleur et désespoir par la violence, il est devenu tueur à gages. L’autre, Kofi, semble vouloir transformer en gentillesse et en loyauté toute la souffrance accumulée. « La vie est une roulette russe ». Il travaille dans un cabinet d’avocats, chez Louise et Jordan (déjà rencontrés dans le précédent roman l’œil de la vengeance). Louise tente d’aider une jeune femme, encore presque une enfant, Léa Francourt à se tirer d’un autre enfer : celui du narcotrafic, à Grenoble, comme dans beaucoup de villes françaises, qui gangrène bien des quartiers.
Le lecteur va très vite être plongé dans un climat de violence que rien ne semble pouvoir stopper, que ce soit la police, la justice ou le pauvre Kofi, à la recherche de son petit frère dans ces quartiers pourris par les fours ou les chouffeurs ( guetteurs) et les charbonneurs (vendeurs de drogues) font régner leurs lois par des méthodes pour le moins barbares.
Certes Nathalie Gauthereau nous dresse un portrait saisissant et très réaliste des narcotrafiquants et de leurs pratiques à travers plusieurs fils narratifs qu’elle tisse savamment mais avant tout, elle nous invite à la réflexion : que peut devenir un jeune qui a subi l’insupportable traversée de la Méditerranée ou du désert, en proie aux passeurs sans scrupules et aux miliciens de tous poils, à part un être pétri de violence et de haine, pour qui la vie n’a aucun sens, et surtout aucun horizon. Que peut-il advenir d’une gamine dont la mère s’est suicidée pour ne plus subir les violences du père, à part tomber sous l’emprise d’une petite frappe? Et l’on ne peut constater que l’impuissance de la justice, de la police, des aidants, comme Chrystel, cette belle âme qui a accueilli Kofi chez elle. Ou entendre malgré tout, la voix du Libyen quand il s’interroge : « Vivre dans un pays démocratique et refuser d’accueillir ceux qui crevaient la faim ou qui fuyaient la guerre était tout aussi criminel que de vendre de la drogue. » Débrouillez-vous avec cela !
Lire ce texte excellemment bien construit ne changera pas non plus grand-chose, mais il bougera quelques circuits neuroniques : que demander de plus à un roman ?
