Vénéneuse

Un manque d’empathie totale, ainsi pourrait-on caractériser la manière dont Karine Sulpice décrit chacun des personnages de ce court roman, dont le titre, Méchante, claque comme une sentence. A commencer par la morte, Violette Diffenbach, que l’on découvre zieutant, à travers ses paupières closes, son thanatonaute. Et puis l’accusée, l’auxiliaire de vie, au prénom désuet de Bertille, car la vioque fut empoisonnée !

Mais les autres personnages ne sont guère à leur avantage non plus, la présidente du tribunal, le psychologue judiciaire, vedette d’une émission-poubelle, le neveu qui revient d’Australie pour brosser le portrait de la défunte tante. Sans oublier l’épicier, Monsieur Fauvergne (dans Fauvergne, il y a faux !)  Seule personne à pouvoir parler de sa visiteuse hebdomadaire, Violette faisant ses courses tous les mardis !

Ce roman, c’est d’abord un portrait en creux, caustique, cynique, lors du procès de Bertille des deux principales protagonistes. Se moquer de manière décalée d’une morte et d’une coupable, quelle jouissance absolue pour le lecteur, peu habitué à ce jeu narratif. Apporter dans les audiences des preuves tangibles, si évidentes de la duplicité de Bertille profitant de la dégénérescence mentale de Madane Diffenbach. Manque d’empathie ? Rien n’est moins sûr, car, sans crier gare, le roman bascule alors dans un roman noir et social, dévoilant les existences de ces « gens de rien », ces « gagne-petit se préparant à enquiller une vie de médiocrité », les enrobant de tendresse, non dénuée d’humour noir.

Au final, un whodunit complètement décalé, un récit procédural, un roman noir, tordant les codes du genre. Une narration peps, colorée, vitaminée pour nous parler de destins pathétiques, de lignes de vie qui ne peuvent finir que dans le mur.

Brillant !

Méchante, de Karine Sulpice, Liana Levi

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