On ne doit pas être sérieuse quand on a 18 ans

Deuxième ouvrage à paraitre dans la collection « L’affaire qui… » aux éditions de l’Aube, collection dirigée par Michèle Pedinielli.
Jérôme Leroy a choisi de nous raconter à sa façon l’affaire Violette Nozière.
« Violette a dix huit ans et elle est une fille. Double peine ». Certes, en s’appuyant sur la presse de l’époque, en citant de nombreuses références littéraires, l’écrivain nous narre par le détail l’histoire célèbre de cette jeune fille accusée en 1933 d’avoir empoissonné ses parents (le père périra tandis que la mère survivra) mais surtout il impose dès le début du récit un point de vue des plus intéressant : il raconte Violette comme femme à cette époque, mineure toute sa vie, écrasée tout à la fois par le patriarcat et par ses origines modestes, qu’elle veut fuir à tout prix. Jérôme Leroy convoque, entre autres, des écrivains comme Drieu la Rochelle et Camus ( un rapprochement étonnant !) pour comprendre Violette. « Points communs : solitude radicale, écrasement de l’individu par le collectif, désespoir, impossibilité de donner du sens à une vie. Et, à la fin, le suicide dans le roman de Drieu la Rochelle ( le Feu Follet) et le meurtre dans celui de Camus (L’étranger) ». Une approche sociologique, politique pour comprendre l’histoire de cette jeune femme, coupable, monstrueuse d’un parricide pour beaucoup, victime de son temps, éprise de liberté, icône d’une certaine émancipation pour d’autres, comme les surréalistes qui défendirent la jeune femme.

La plume de Jérôme Leroy, que l’on sait prolixe et imaginative, se fait ici précise et méthodique, passant en revue, jour par jour, tous les détails de l’affaire. Il rappelle aussi que Violette Nozière a accusé son père de l’avoir violée régulièrement, qui pouvait la croire à cette époque ?

Ce deuxième  opus de cette collection pourrait  se contenter de n’être qu’une docu-fiction ( comme on en entend beaucoup dans les médias), le travail de Jérôme Leroy et son écriture en font un passionnant essai, très documenté qui trouve ses sources et son inspiration dans  les journaux de l’époque – les archives de Retronews, site de presse de la BNF, sont en bonne place dans le livre- mais aussi et surtout dans la littérature contemporaine de cet évènement- permettant une vision élargie, une réflexion approfondie sur tous les aspects de cette « affaire » restée célèbre.

Violette Nozière, icône et criminelle, Jérôme Leroy, Collection L’affaire qui…, Editions de l’Aube.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut