
On rencontre dès les premières pages, Victor et Lourdes (prononcez Lourdèsse) deux braqueurs, un peu branques qui tentent un dernier coup et se voient embarqués dans une échappée belle à la Bonnie & Clyde. Dans leur cavale effrénée, ils croisent la route de Lotfi Benattar, agent-electron libre de la DGSI à Marseille, qui tente de se ressourcer au calme, en remontant dans le Nord, sa région natale. Mais Dunkerque n’est pas une ville de tout repos, les trafiquants de drogues y sévissent aussi tout comme les islamistes radicaux. Lotfi va, une nouvelle fois, partir en croisade contre ces fous de Dieu et leurs alliés mafieux. Quand ceux-ci s’en prennent à son père, le flic va engager une lutte sans merci quitte à faire des entorses à la procédure, chère à sa hiérarchie.
Lotfi Benattar, le personnage récurrent d’Ahmed Tiad, cumule plusieurs tares, du moins pour la société actuelle, pour un flic- fût-il de papier. Il est d’origine maghrébine, homosexuel et handicapé (il a été défenestré d’un immeuble des quartiers nord de Marseille). Mais son créateur lui a donné quelques qualités, il est tenace, incorruptible, amoureux, malin et, comme son collègue norvégien Harry Hole, même avec un corps meurtri, il continue inexorablement d’avancer : Interrogatoire-coups-éclairs de douleurs-perte de connaissance- reprise de conscience – cagoule – sensation d’étouffement- obscurité -odeurs d’échappement -grognements et cahots – les souvenirs remontent à la surface avec la nausée.
Il se relève et marche (avec sa canne).
Un roman noir rythmé, violent (les narcos n’ont pas la réputation d’être des anges) qui explore les maux de notre société, les laissés-pour-compte, le racisme banalisé, les collusions entre la pègre et les milieux radicaux islamistes. Une intrigue solide avec des personnages secondaires bien campés (Victor et Lourdes mais aussi le jeune flic d’Amiens, le lieutenant-colonel de gendarmerie, l’épicer et sa femme) qui viennent habiller l’histoire. Une plume alerte et sombre qu’un humour désespéré vient parfois éclairer. Une lumière qui vient aussi de la résilience de ce personnage, éclopé de la vie.
